VIDEO : «  SENEMAFIA  », NOUVEL ALBUM DE MAKHTAR LE KAGOULARD : Des maux pour le dire
Le nouveau disque « Senemafia » d’Amadou Makhtar Ly
dit Kagoulard est celui d’un écorché vif qui s’inscrit dans la lignée
de ses textes engagés et bien inspirés. Le régime libéral et sa « mal
gouvernance » sont rudement cloués au pilori. C’est ce qui fait la
force du titre éponyme. Sur une musique dynamique signée des meilleurs
beatmakers du rap sénégalais comme Zinc, Baboye (Dre), Mohamed Fall,
Ely Dazz ou Mamadou Gadio, un autre morceau, « Kill Bitch ass yi »,
imprime un tempo hardcord à l’opus. Dans cette combinaison, Makhtar le
Kagoulard réaffirme le rôle qu’il a joué dans le mouvement hip hop
sénégalais. A l’endroit de ses détracteurs qui ont assimilé son séjour
américain comme « un départ volontaire » de la scène, il a décoché
quelques clashs tout en jetant un regard critique sur le rap
sénégalais. « Je pense que ce serait hypocrite de ma part de ne pas
parler du comportement déplorable de certains rappeurs,
particulièrement de ces jeunes du « blow movement ». Il faut éviter de
ternir l’image de marque du hip hop sénégalais, car nos réalités et
celles des Américains sont différentes », a-t-il expliqué lors d’une
vidéoconférence, lundi dernier, au Just 4 U où il présentait son nouvel
album. Selon lui, tous les artistes américains qui font du blow sont
devenus célèbres uniquement parce que c’est une stratégie adoptée par
le système pour enterrer le « real hip hop ». Un système qui ne veut
pas d’un rap radical, révolutionnaire et engagé.
Dans le titre « 101 commentaires » où il utilise un
flow et des lyrics bien affûtés, la relation entre le marabout et son
talibé y est fortement décriée. « Il y a au Sénégal de bons marabouts
qui ne te parlent que de Dieu et de Muhammad (Psl), mais
malheureusement il y a aussi des disciples de Satan. Le problème est
que le Sénégalais « beugoul deeg deugg » (le Sénégalais n’aime pas
qu’on lui dise la vérité) », assène le rappeur. Il estime qu’il a
juste essayé de parler à ses « jeunes frères » et leur dire de faire
attention à tous ces individus avides d’un pouvoir socioreligieux sans
limite et qui peuvent les induire en erreur. C’est dans les années 1990
que Makhtar a commencé à taquiner le rap. Après avoir quitté son
quartier de Grand Dakar, il va vivre dans la banlieue dakaroise, plus
précisément à Thiaroye. En compagnie de son ami d’enfance, Omar Ben
Khatab, ils fondent le Bmg et sont plus tard rejoints par Matador et
Nigga E (Muhammad Malick). Ensuite il rejoint le Rapadio, un groupe
avec lequel il a composé des tubes comme « 100 commentaires » et
« Soldaaru mbed » (le soldat de la rue). Gageons que son nouvel opus
« Senemafia » va s’inscrire dans la continuité de ces productions à
succès.