Le dernier développement de
l’affaire ? Une correspondance que le Président directeur général (Pdg)
de Millicom international cellular avait adressée au Président Wade
pour lui faire une offre financière dans le but d’obtenir un règlement
à l’amiable du différend qui oppose sa firme à l’Etat du Sénégal. Une
lettre qui cristallise le blocage des négociations entre l’Etat du
Sénégal et la Millicom international cellular, pour le renouvellement
de la licence de Sentel (Tigo) au Sénégal.
Pour résumer, les crédits coûtant cher, disons que la
licence est arrivée à expiration. Normalement, rien ne lie désormais
l’Etat à l’opérateur qui, pourtant, jusqu’aujourd’hui, est le deuxième
sur le marché après l’ogre « Orange ». Puisqu’on est en « promotion », comme on dit les jours où, on consent à accorder des bonus de « crédit »
aux abonnés, composons la génèse de l’affaire : En 1998, Millicom a eu
une licence de téléphonie avec le régime qu’elle a payée à 100 000
dollars (50 millions de francs Cfa) à une époque où les licences se
vendaient, notamment au Cameroun à plus de 70 millions de dollars. Mais
enfin, Sentel achète au prix auquel on lui vend la licence, et peut
importe le montant auquel les autres pays ont vendu les leurs ! C’est
de bonne guerre non ? Y aurait-il des choses en dessous ? qui sait !
En 2000, le Maroc a vendu sa licence à un milliard de
dollars. Après son élection en 2000, le président de la République
s’est intéressé à la licence de Millicom et a demandé au ministre des
Telecoms de l’époque de suivre le dossier. Constatant que l’entreprise
a obtenu sa licence sans la payer, il y a eu d’autres constats graves
qui ont été faits, comme des manquements à la convention de concession.
Ainsi, en juillet 2000, par le biais de l’Agent
judiciaire de l’Etat, l’Etat constate que Millicom n’avait payé ses
redevances au 1er janvier 2000, qu’elle avait violé ses obligations de
fournitures d’informations technique, administrative et financière, et
qu’il y avait des manquements quant à la couverture radioélectrique du
territoire. Voilà ce que dit l’officielle « boîte vocale », l’ingénieur Thierno Ousmane Sy, conseiller en Tics de Me Wade, et acteur du feuilleton.
En tout cas, Millicom qui exploite Tigo, n’a plus de
licence au Sénégal depuis le 14 juillet 2000. Et pourtant, l’affaire
marche. Par quel tour de passe-passe ? Comment est-ce possible ? Elle
marche même très bien. Demandez aux couples abonnés à « Tigo Sama Way »
(pub gratos pour l’opérateur) qui peuvent se parler de manière
illimitée, de sorte que lors de la dernière St-Valentin (les médias
nous l’ont imposé !), fête des amoureux, ça a fait cui-cui sur les
lignes, des roucoulements quoi ! L’Etat dit s’en remettre aux
tribunaux. La sonnerie de ce dossier devient moins enchantée quand on y
évoque, en parallèle, les agissements d’un congressman Américain,
inspirateur/informateur du rédacteur de l’article, qui passerait son
temps à vilipender la réputation des dirigeants Sénégalais en matière
de corruption, comme si on ne s’était pas fait une religion sur le
sujet depuis le « nos problèmes d’argent sont terminés » jusqu’à la « Segurate » !
La sonnerie devient encore moins enchantée, lugubre
même comme le chant de marche de la Légion étrangère, quand on évoque
les personnalités mises en cause. Ses batteries n’étant jamais à plat,
Karim Wade, devenu « Bluetooth » pour les médias
Sénégalais, est ainsi désigné comme ayant été le négociateur en chef ;
ce qu’il ne nie pas. Bien au contraire : « Ils ont dit que nous avions
demandé 200 millions de dollars (90 milliards de francs Cfa) pour notre
compte personnel. Ce sont des accusations extrêmement graves et
fausses », a « juré » Thierno Ousmane Sy sur les ondes de la Rfm.
La conversation téléphonique risque de durer car « il
est évident que Karim et moi intuiti personae, avons pris des
dispositions pour attaquer aussi bien Business insider que le
journaliste qui a écrit ces inepties, sans les vérifier. En aucun
moment, Business insider n’a cru devoir appeler Karim Wade ou Thierno
Ousmane Sy. Ils disent avoir contacté l’Ambassade du Sénégal à
Washington, mais cela est très facile. Je pense qu’ils auraient dû
prendre quelques précautions en prenant contact avec ceux qu’ils
accusent pour avoir leurs versions des faits. Ils ne l’ont pas fait,
nous allons les attaquer aux Etats-Unis avec nos avocats basés dans ce
pays. Ce sera très facile et très simple. » En appelant par Skype ?
Dans l’Observateur du lundi 15 février, Thierno Ousmane
Sy a brandi un fac-simile pour prouver que Sentel est dans une posture
de négociation et en même temps crédibiliser le fondement de leur
action (Karim et lui). Evidemment que Sentel est dans une posture de
négociation, a t-elle seulement le choix ? Assurément non, le business
est quand même très juteux et il vaut la peine qu’on négocie. Posture
de négociation évidente, mais aussi volonté de transparence dans ce
dossier, car les 100 millions de dollars (45 milliards F CFA) doivent
correspondre à un contenu logique et non arbitraire. L’aval du conseil
d’administration de Millicom international Cellular (groupe auquel
appartient Sentel) que Michael Graham, le PDG demande dans ce
fac-simile, le prouve d’autant plus.
Dans ces affaires, ce qui met toujours la…puce à
l’oreille, c’est la sempiternelle présence de Karim Wade. Il faudra que
les Sénégalais se fassent finalement à l’idée, une bonne fois pour
toutes, que le président Wade ne fait confiance qu’en son fils en ce
qui concerne la négociation de contrats impliquant de gros (très gros)
sous. On ne peut objectivement lui en tenir rigueur, mais sur ce point
précis, comme dans les affaires de téléphonie mobile, on sait que la
concurrence profite aux usagers.
Par voie de conséquence, la multiplication des
compétences, suivie de la sélection, avec bien sûr un cahier des
charges, ne seraient que tout bénéf’ pour tout le pays, en ces moments
de morne célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal.
Mais demander à Wade-père d’imposer un cahier de charges à Wade-fils
serait un exercice aussi vain que de vouloir faire tenir une
encyclopédie dans un sms !